« Retour au blog de xParadOxalButterfly-Ficx

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La vie cOmme le battement d'aile d'un papillOn



Je crois que personne n'aura jamais compris que la vie est un simple geste éphémère qui commence et se finit le temps d'un claquement de doigts. Je crois que personne n'aura compris que d'être assis devant son poste de télévision à regarder qui fera un nouveau single pourri, en attendant l'abonnement pour le télé-journal ne sert à rien dans la vie.
Et une fois qu'on crève, il va où le post de TV, il va où le télé-journal ?
Je crois que personne n'aura jamais compris que la vie, il faut la vivre à cent à l'heure si on ne veut pas qu'elle nous dépasse et surtout si on ne veut pas le regretter par la suite.
Personne n'aura jamais compris À part peut-être moi.

« Vous ne voulez pas vous asseoir ? »
« J'suis allongée, docteur. »
« Oh, euh Un café, peut-être ? »
« Non. Pourquoi êtes-vous venu ? »
« Vous voulez appeler vos parents ? »
« J'ai pas de parents. Docteur, qu'est-ce qui se passe ? »

Au début ça ne m'a rien fait. Je crois bien que je n'avais pas compris que le fameux docteur s'adressait à moi. Alors j'ai juste dit « Ouaouh. Je vais vraiment crever alors ». Il faut admettre aussi que j'aime jouer la dure pendant les moments où l'on est supposé chialer à s'en déshydrater le corps. J'aurais peut-être même pu rire. Ce n'était pas drôle, c'est vrai, mais c'était bizarre, et je n'avais pas vraiment compris qu'il me restait quelque chose comme quatre mois à vivre.
En même temps, c'était la première fois que l'on me disait que j'avais une leucémie. Leucémie. Leu-Ce-Mi. « Le Say Me ». C'est mignon comme mot quand même. On dirait presque un nom de magasin de vêtements ou de boite de nuit où l'on serait très fier d'être allé. « J'suis allée faire un tour à Leucémie, hier. » « Arrêêêête, raconte ?! »

Le docteur a alors tenté de m'expliquer tout un bordel assez incompréhensible, d'autant plus que j'étais sonnée par ma maladie. Mon cancer du sang. Avant, « cancer », c'était un mot qui me paraissait loin, loin. Et puis maintenant un peu moins. Enfin. Si, toujours un peu. Moi, j'ai une Leucémie, pas un Cancer.
Le docteur a commencé à me raconter sa vie lymphoblastique qui habitait en myéloblastie, dans la rue lymphoïde, avec la famille myéloïde où chaque jour il faisait ses courses dans les magasins Lymphatiques aigües, ou d'autres conneries de ce genre.
Elle paraissait jolie, sa vie, à monsieur le docteur.

Il m'a redemandé si je voulais un café. Je lui ai dit que si ce n'était pas un Capuccino, je me jetterais par la fenêtre et il m'a donc ramené un Capuccino. Après avoir bu à petites gorgées ce goût amer, je suis repartie chez moi. Je n'avais plus vraiment de temps à perdre.
Au début, c'était assez drôle, parce que j'avais envie de faire un tas de chose que je n'aurais jamais osé faire. J'avais envie de courir toute nue dans les rues en hurlant « Regardez moi, j'ai acheté mes habits à Leucémie ! » ou encore de faire l'amour dans la neige à balle de Kseu. C'était drôle, tout ça. Bizarrement moins drôle lorsque pour la première fois dans ma vie, j'avais compris. Je vis.

Ah, au fait. Je m'appelle Lol.

Unendlickeit tournait en boucle dans mon poste de radio. C'était marrant. Tokio Hotel, j'avais toujours eu envie de les voir. Et maintenant que ma vie se finissait dans quelques mois, j'avais l'impression que j'allais encore plus difficilement les voir

Je vis. Je vis. Je vis. Jeu-vis. Jev-y. Jevi.

*

Je suis allé au lycée l'après-midi même. Je ne sais pas pourquoi je continuais à y aller, certainement par réflexe. Mes parents n'avaient certainement pas appris que j'avais passé la nuit à l'hôpital. J'ai atterri là-bas à cause d'un malaise que j'ai fait en plein milieu d'un exposé de français. Mes parents n'avaient certainement pas non plus remarqué mon constant manque d'appétit, ma perte vertigineuse de poids, et évidemment pas non plus mes constantes fièvres et migraines.

Je me suis tout de même forcé à prendre un jus de fruit avant d'aller à l'école pour ne pas r'faire le coup de j'me-casse-la-gueule-devant-tout-le-monde-pour-eviter-de-presenter-britannicus, et là, quand j'ai vu le daron lire le télé-journal j'ai tout bêtement dit :

« Papa, j'ai passé la nuit à l'hôpital. »
« Pourquoi, l'un de tes amis drogués a fait une overdose ? »
« Non. J'ai une leucémie. »

Il a tourné la page de son journal et a toussé bruyamment.

« C'est quoi ? »
« J'sais pas. J'vais mourir, papa. »
« Insolente. Tu es vraiment une honte pour les gens qui ont de vrais problèmes. »
« Tu as probablement raison. »

J'ai fermé la porte du frigo. Les « vrais » problèmes, c'est les leurs. Ceux des adultes. Pas assez d'argent pour payer l'électricité et bien sûr, la mère de famille qui trompe en permanence le père étant donné qu'elle s'est lassé du vieux barbu. Bref, la leucémie, c'est pas bien grave, puisque de toute façon, on va en crever.
J'ai donc pris mon sac en bandoulière et j'suis partie en cours. Jey a rigolé en me voyant.

« Pas mal ta feinte hier. Laisse moi d'viner, t'as préféré taper plutôt que de lire Britannicus ? »

Jey il est drôle, parfois. Mais pas toujours. Parce que pendant que lui il sort sa blague à deux balles en pensant à la Free de la veille où il s'est encore détruit les neurones à balle multicolore, moi je crève chaque seconde un peu plus.

*

« Komm und Rette Mich Rette Mich ! »

Rette. A-rette.
J'ai pas b'soin d'aide moi.

« Lolia. Votre exposé sur Britannicus, s'il-vous-plaît. »
A moins que

« Excusez-moi. Je vais dans les toilettes pour m'évanouir. »

Et j'suis partie en courant, Jey pleurant de rire derrière moi, et le regard sec du professeur dans mon dos.
Les gens ne comprennent pas. Ils ne comprennent pas que je n'ai plus qu'ça à faire de lire Britannicus et de faire des exposés. Junie avait qu'à ne pas être née. Et puis faut pas toujours nous dire des conneries. Néron était un pédophile, et Britannicus, un camé.

J'suis alors rentré à la maison, parce que de toute façon, l'école, d'ici quatre mois ça me servira plus à rien, et j'ai rallumé ma radio.

« Komm und rette mich Rette mich ! »

Et voilà que Bill se remettait à chanter en sanglotant dans son micro. Puis laissa place à la voix de cet abruti de présentateur qui passe la vie sur son siège à attendre le prochain coup de téléphone d'un abruti désespéré voulant à tout pris le nouveau CD de Simple Plan ou d'autres conneries d'ce genre.

« Tokio Hotel, ce groupe allemand de Pop-Rock qui grandit qui grandit. Les billets pour le concert de la semaine prochaine sont toujours en vente, mais, il n'en reste plus beaucoup, alors il faut se dépecher. Avec Mix, vous gagnerez le paquet : Le tiquet du concert sur la piste, et l'aller-retour Frankfurt, il faut appeler au Tout de suite après la pub »

« Tu peux bien répéter ça, espèce de connard de présentateur ?! »

Je me suis donc renseigné au plus vite sur le concert Frankfurt, le prix du billet, un moyen de m'y rendre
Rien à faire. J'irai à ce concert. J'y irai et point à la ligne.

Et quelques jours plus tard, je n'avais plus rien dans le crâne à part juste Tokio Hotel et peut-être ma maladie, aussi, parce quoi que je fasse, elle restait toujours là, gravée dans mon sang.

*

Par la suite, les journées étaient riches en Schwarz, en Tokio Hotel, mais aussi en fièvre et en migraines. J'en étais venue à être complètement paranoïaque et sur un coup de tête, j'ai appelé Mix. Sur un coup de tête, comme ça. La voix automatique m'a vaguement fait penser à celle d'une actrice de porno, et elle m'a demandé d'appuyer sur une touche entre zéro et cinq. J'ai tapé quatre. Malchance, fallait taper trois. Alors j'ai rappelé une seconde fois, et toujours la même voix me posant toujours la même
question. J'ai tapé trois. Malchance, il fallait taper cinq.

Tout ça pour dire que je n'ai donc jamais reussi à parler à cet abruti de présentateur, et que je n'ai jamais pu gagner le paquet, mais une petite voix dans le fond de mon crâne me répétait sans cesse :

« Tu vas crever sans voir vu Tokio Hotel-euh, Tu vas crever sans voir vu Tokio Hotel-euh. »

Tout ce que je voulais, c'était lui prouver combien elle avait tort, cette voix. Elle avait tort. Tort. Tort. Tort !

Quelques jours après, le matin du concert, je me suis rendue à Frankfurt. J'avais préparé un sac dans lequel j'avais mis un tas de chose plus ou moins importantes pour vivre quelques jours hors de chez moi. J'ai ouvert la porte de ma maison et là, le vent frais m'a griffé à la gueule comme une grosse gifle au visage. Tu es. Je suis. Je suis Là.
Je suis sortie de la maison.

J'ai fermé la porte derrière moi, comme j'ai fermé cette vie de souffrance à la maison, recroquevillée sous ma couverture. J'ai fermé cette porte comme j'ai fermé cette vie à la maison, mes parents, ma douleur qui s'y trouvait encore à l'intérieur. Je dirais même que j'ai claqué tout cela.

Je déclare le bonheur à l'état permanent.

J'ai resserré un peu plus le sac sur mon épaule, et j'ai fait un pas. Deux pas. Trois pas.
Et j'suis partie.

*

J'sais pas tellement ce que j'avais fait, mais je crois bien que j'ai traîné ma carcasse jusqu'à la gare pour casser ma tirelire, et acheter un aller pour l'Allemagne.
Quoi qu'il en soit, quand je me suis réveillée, j'étais sur les Terres Germaniques. À Frankfurt. Dans le même pays. Dans la même ville qu'eux.

Je me suis renseigné sur le lieu du concert. Le lieu où avec un peu de chance, je pourrais connaître les gens qui berçait ma tête. Mes oreilles. Mes journées. Et puis la chance, ce n'était pas tellement mon truc, en même temps. Des parents pourraves avec un revenu bidon. Des amis drogués avec de la poudre plein le nez. Des rêves incompréhensibles et irréalisables. Et un sang dégueu qui rap'tissait ma vie.

Ma chance, j'ai fini par l'avoir.

Il y avait cette file énorme, avec ces gens. Des sourires dans les yeux. Des étoiles entre les cils. Des couleurs sur les lèvres. Ce que j'ai fait ? J'ai fermé les yeux, et j'ai couru Et quand je les ouverts, j'étais à quelques mètres de la scène. Quelques mètres du bonheur. Quelques mètres d'eux.

Une lumière a illuminé la scène. Une explosion de couleur et de joie à balle d'hurlements qui sentaient le rire à plein nez. Qui sentait. Le rire. Les larmes. Le bonheur. Oublier ces problèmes et espérer une chance. Oublier et admirer. Oublier et écouter. Oublier et flotter sur son nuage qui faisait semblant d'être tout blanc, même si tout le monde savait bien qu'il était tout gris de larmes.

Et Bill est arrivé en trombe. Dans des pétards de Tout ça sourd. Son micro à la main, et sa joie dans les yeux.

À quelques mètres de Bill.

Le concert a duré 1h30. 1h30 à jouer à saute mouton avec les étoiles. 1h30 à voir cet ange noir s'amuser avec sa baguette magique pour nous jeter la tête la première dans la lumière. 1h30 qui a passé comme ça. 1H30 de chance. De rêve. De bonheur.
De bonheur.

« Die Unendlichkeit ist nicht mehr weit Die Unendlichkeit ist jetzt mehr weit »

Mais oui, Bill. À jamais. Pour toujours. Infini. Merci.

Et sur cette dernière note, Tom a enlevé sa casquette et l'a jetée en l'air. Je crois bien qu'elle s'est prise un astéroïde dans la gueule, car je ne l'ai jamais vue redescendre. Georg a passé la main dans ses cheveux, et Gustav a envoyé ses baguettes rejoindre la casquette.

Avec du remerciement plein les poches, des sourires dans les mains, et des gouttes sur les tempes, ils sont partis.

J'ai fini par partir moi aussi. Partir de cet endroit où l'énorme concentration de bonheur commençait à m'étouffer. Main dans les poches, avec des rêves entre les fibres du tissu. Ma première nuit dehors qui s'entamait...

J'ai marché un peu, parce que je ne savais pas trop quoi faire d'autres. J'avais froid, et j'allais devoir dormir dans cette humidité de pré-neige. J'suis passé devant ce putain d'hôtel plein d'étoile.

Des étoiles, partout. Partout après un moment comme ç'lui-là. Dans le ciel, blanches comme les p'tites perles qu'on trouve dans les moules, qui avait finit par faire la paix avec le noir de la nuit. Dans mes yeux, partout dans mes yeux, dans le bleu et le jaune de mes yeux, sur mes lèvres qui les déformaient en un sourire bizarre qui n'avait pas levé le nez depuis un bail, dans mes poches et entre mes doigts, plein d'espoirs paranoïaques, de rêves schizophrènes et un tas d'autres choses, et aussi dans mes rêves eux-mêmes, parce que j'avais fini par m'assoupir sur un banc devant l'hôtel plein d'étoiles.

« Hé, Regarde »
« Quoi ? »
« Là, sur le banc. »
« Un clodo ? »
« Tu crois ? On dirait une fille »
« Une fille ? »
« Mais oui. Regarde bien. Elle est mignonne, non ? »
« Merde, elle va mourir de froid aussi. »
« Elle finira bien par mourir de toute façon. »
« Oui. Mais c'est pas encore le moment. »

Et la, j'ai ouvert difficilement les yeux.
Et c'était beau.
Et c'était plus beau que jamais

*

J'ai ouvert les yeux.

Il y avait des bruits dans l'couloir. Des gens marchaient. D'autres parlaient. Il faisait jour.
Dans la fenêtre, y'avait un ciel bleu brillant, et de la lumière dans mes yeux.
Il y avait aussi un papillon. Oui, un petit papillon aux ailes rose bonbon. Peut-être de la taille de la paume de ma main. Un papillon.

L'arrêt d'une chose. Le début d'une autre.

J'étais dans un hôtel Et je ne me souvenais plus vraiment pourquoi j'étais là Que s'était-il passé la veille ? Ah, oui. Ma venue en Allemagne, le concert et
Hein ?

Je me suis levée du lit, j'avais les vêtements crades de la veille. Mon maquillage avait coulé, et c'était drôle parce qu'il me faisait à présent penser à des larmes noires sous mes yeux verts.

Je m'appelle Lol.
J'ai seize ans et je n'atteindrai jamais les dix-sept. J'ai des cheveux noirs très bouclés et des yeux verts. J'ai une peau très blanche... Ah ! Et j'ai aussi la leucémie.

Je me suis alors mise à rire bêtement.
Pourquoi je riais ? J'en sais rien.
Je me parlais à moi toute seule À tous ceux qui m'écoutais, c'est-à-dire à ce petit papillon rose qui faisait du bruit contre la vitre avec ses ailes sucrées.

« Vole petit papillon. Vole. Sois libre. Et n'oublies pas que tu es en vie. »

Qu'est-ce que je foutais dans cet hôtel ?

Je suis allée faire un tour dehors. C'était drôle, parce qu' il y avait Tom qui attendait l'ascenseur quand je suis sortie. Il était là, bras ballant, des vêtements un peu trop grands pour lui, avec des dreads blondes et noires qui couvraient ses épaules. Quand il a entendu des pas sortant de la porte, il s'est retourné.

Tout. Ses yeux bruns. Ses lèvres joliment dessinées. Son piercing qui faisait comme une petite étoile sur sa peau couleur caramel.

Ce que j'ai fait ?

Je suis venue. J'me suis approchée, et il a passé ses bras autour de ma taille pendant que j'entourais son cou des miens.

Juste là, en quelque secondes, la respiration qui se brusque au niveau de la poitrine, et les petits pieds attentifs qui ratent la marche. Chaud soleil. Froid Himalaya. Piquant comme un bonbon. Doux comme sa peau Comme tout.

Tom.
Tom Kaulitz.
Tom Kaulitz guitariste de Tokio Hotel.
Autant vous dire que je l'ai aimé toute une vie. Toute une éternité.

« Faut jamais dire toujours ! »

Qui a bien pu dire ça ?
Parce qu'en fait, moi, je l'ai toujours, toujours aimé, Tom. Toujours.

*

Je n'savais pas du tout comment j'avais aterri dans cet hôtel, mais maintenant que Tom était devant moi, cela n'avait plus d'importance. Il m'a pris la main. Oh, mains qui se touchent. Main tremblante. Main chaude.

« J'vais t'montrer les autres. »

Nous avons donc pris l'ascenceur et de son autre main, sans lâcher la mienne, il a appuyé sur l'un des boutons. Quand les portes se sont ouvertes, ils y avaient des éclats de rire qui en sortaient. Des rires joyeux.

« Tu t'approches pas, j'te dis !!! Gustav, pose ce truc !!! »

Et rires de nouveau. Eclat de rire. Joie.

« Tom aide-moi !!!! »

C'était Bill qui hurlait face à Gustav qui avait un Pancake beurré dans sa main, prêt à lui lancer au visage, et Georg qui ne tenait plus en place sur sa chaise. Et moi, j'étais là à observer ce tableau, comme si un mur invisible me separait d'eux. Deux mondes différents. Moi d'une part. Eux de l'autre.

C'est quand Bill a demandé de l'aide à son jumeau qu'ils se sont tout les trois apercus de ma présence. Et ma main dans la sienne.

« Comment vas-tu ? »
Bill.

« Je... »
Larmes aux yeux. Il me parlait, là. Bill me parlait à moi.

« Viens manger un morceau, tu dois être morte de faim. »

Et c'est ainsi que, en silence, je suis passée d'un monde à l'autre. Rejoindre Georg, Gustav, Tom et Bill.

*

J'ai fini par leur demander comment j'avais fait pour aterrir ici.

« On t'a retrouvée sur un banc en face de l'hôtel, hier... Et on a decidé de te payer une chambre, pour pas que tu ne dormes dans l'froid. »

Je les ai remerciés, les joues un peu rouges. C'était bizarre, tout de même. Ou même rigolo, parce que je tenais la main de Tom, dans la mienne. Moi, Lol. La pauvre petite. La malheureuse. La malchanceuse. La p'tite malade.
Alors que j'croyais que je n'aurais jamais la chance de les voir, nous étions là. Main dans la main. À caresser le dos de la mienne.

Georg m'avait ensuite expliqué qu'ils avaient fini une petite tournée en Allemagne et qu'ils auraient le droit à des vacances. Ah, que ca leur ferait du bien.

« Au fait, comment tu t'appelles ? » Demanda Bill.
« Lol. »
« Lol ? »
« Oui. »
« C'est drôle, comme nom. »

C'est vrai que c'était drôle comme mot Lol... Contrairement à moi. Moi, le p'tit paradoxe.

« Tu habites ici, à Berlin ? » M'a alors demandé Gustav.
« Euuuuh... Oui, oui. À Berlin. Hier, j'étais à votre concert, et j'me suis endormie dans la rue sans même me soucier du froid. »
« Oh ! Tu y étais ?! » Fit alors Tom. « Comment tu nous as trouvé ? Hein ? Hein ? »

Tom s'est mis à gesticuler comme une puce, comme s'il allait se mettre à bondir partout, comme un petit enfant. Georg se moquait de lui pendant que Gustav et Bill rigolaient.
Et moi, observant ce tableau. Magnifique et joyeux tableau.

J'ai regardé par une fenêtre qui était au fond de la salle. Il y avait un petit papillon rose qui avait posé ses pattes sur la vitre. Rose sucré. Rose bonbon.
La fin d'une chose, le début d'une autre.

*
Et c'est donc ainsi que, petit à petit, je me suis rapprochée de Tokio Hotel. Moi, la malchanceuse. "Lol".
... Et surtout de Tom, enfin de compte.

Le premier jour, j'avais inventé qu'il y avait eu un problème chez moi qui m'empecherait de rentrer. Georg et les autres avaient donc accepté que je reste encore un moment dans la chambre.
« Il n'y a pas de problème, Lol ! »

La deuxième nuit, j'avais encore une fois inventée un problème à la maison.
« Alors, reste encore avec nous ! »

Par la suite, ils ont commencé à se poser des questions... Et j'ai du leur raconter la vérité. Enfin, une partie de la vérité.

Leurs visages étaient devenus livide leur ce que je leur avais dit :
« Écoutez, les gars. Y'a un truc qu'il faut que je vous dise. J'vous ai pas dit toute la vérité. »

Il fallait bien que je finisse par leur dire, de toute facon. Je ne pouvais pas continuer à mentir. À leur mentir.
Eux. Mes rêves.
J'ai commencé par leur dire qu'il n'y avait jamais eu de problème à la maison. Enfin si, toujours. Mais pas celle-là. Pas celle de Berlin. Parce que finalement, à Berlin, il n'y avait pas de maison. J'avais inventé ça en partie pour rester avec eux. En grande partie, c'est vrai.
Je ne voulais pas finir comme une pauvre fille qui, par exemple, aurait gagné un concours et qui se serait fait oublier au bout d'une semaine par le groupe. Bonjour, je vous aime, Au revoir. Non. Pas ca. Surtout pas ca. Ce n'était pas ce que je voulais.
Et puis finalement, pourquoi une amitié entre un groupe et des fans n'existerait pas ?

« Et c'est quoi, l'autre raison pour avoir menti ? » C'était Tom, celui qui paraissait le plus touché par mes mensonges. Mais il me comprendrait, Tom. J'étais sûre qu'il me comprendrait. Il le devait.

« L'autre raison, c'était pour ne plus jamais rentrer chez moi. »
Je leur avais avoué qu'à la base, je n'habitais même pas en Allemagne. J'étais tout simplement une petite francaise. Père allemand, c'est vrai. Mais une petite francaise tout de même.

À ce moment, il y eut un grand vide dans la salle ou nous étions installés. La chambre de Gustav et Georg.

« ...Dis, Lol. Pourquoi tu ne veux plus rentrer chez toi ? »
« Parce que la vie est un peu trop belle et un peu trop précieuse pour que je la gâche avec des gens tels que mes parents. »

Un autre silence. Encore plus pesant que le précédent.

Et je leur ai raconté l'indifférence de mes parents. Leurs mépris. Leurs rôles de Papa-Maman.
... Et mes paroles embrassaient leur silence.

*

« Dis Tom... »
« Hm ? »
« Tom... Tu restes dormir dans ma chambre, ce soir ? »

Tom s'était endormi sur le canapé de ma chambre pendant la soirée, et apparement, n'avait pas l'intention de partir. Je m'étais assise prêt de lui, et avais posé sa tête sur mes genoux, alors qu'il était certainement entre le sommeil et le réveil.
J'ai posé ma tête sur le dossier du canapé. Et je lui caressais ses dreads.

La vie est belle. Non ?

À être là, sans même se soucier du monde qui ne tourne pas rond. Sans même me soucier de ma maladie qui ne tourne pas bien rond non plus. Juste là. Avec un Tom sur les genoux, à lui masser ses paquets de cheveux blonds et bruns. À l'observer alors qu'il y avait très peu de lumière. Sa peau bronzé, ses yeux clos lui donnant un air innocent. La magnifique courbe de son nez...
Et ses lêvres. Ses magnifiques lêvres ornées de ce petit piercing qui avait pour but de me donner, juste, l'envie un peu plus forte de l'embrasser.

Ensuite, il y avait son premier bras fin qui touchait presque le sol. Et son second, posé sur son torse, levant légérement son T shirt, et qui laissait voir un bout de son ventre.
Son ventre très mince, lui aussi. Sans ses vêtements pour le cacher, Tom aurait certainement l'air d'un garcon frêle, léger comme une plume. Puis, ses deux jambes, cachées dans son large baggy de jean, passant au dessus du bras du canapé.
Son baggy qui lui tombait quelque part au niveau des hanches, et qui laissait voir un boxer noir.

Tom endormi, ce n'était plus la pile éléctrique eveillée. Mais il gardait toujours ce visage, cette corpulence qui faisait sauter les désirs à fleur de peau. Cependant, quand il était endormi, Tom, il avait l'air tout simplement d'un enfant. Comme les autres. Un enfant dans un corp de star.

« Humf... »

Tom a fait un petit mouvement dans son sommeil. Tout à coup, il a faiblement ouvert les yeux et a levé la tête. Il m'a regardée, les yeux pratiquement clos, et sans un mot, s'est levé et s'est dirigé vers mon lit ou encore une fois, sans aucune réflexion, complètement dans les vaps', il a soulevé la couverture et s'est glissé entre les draps.
J'ai éclaté de rire. Pas fort, bien sûr. Je ne voulais pas qu'il se réveille totalement.
En tout cas, Tom aurait pu rêver, je ne dormirais pas sur le canapé sous pretexte qu'il avait innocement decidé de squatter mon lit.
Je me suis donc levée du canapé, ai remplacé mes vêtements par un fidèle ensemble petit T shirt et short, plus agréable pour mon sommeil, et me suis glissé sous les draps à mon tour.

À partir de ce moment, c'était bien pire. Ou meilleur ? J'en sais rien. Mon coeur avait decidé de s'emballer. Il battait la chamade et j'osais à peine regarder Tom. Comme si je commetais un délit.
Oh et puis Merde. Des délits, j'en avais fait plein. Et quelle importance ? J'allais bien mourrir un jour, alors bon.

J'me suis approchée de lui.

J'ai posé ma tête sur son torse. Là, j'entendais son coeur, et ma tête voguait au rythme de sa respiration.
Bopom Bopom Bopom.

À cet instant. Deux bras ont entourés ma tête et Tom me regardait.

Et Tom m'a embrassée.

Comme jamais personne n'aurait pu m'embrasser. Et comme jamais personne ne l'avait fait. Nous nous amusions avec nos lèvres, avec nos langues, avec son piercing, en s'embrassant dans le cou, sur le ventre et partout ailleurs.

Dans la nuit, il y avait deux formes, dans cette simple chambre, dans ce simple lit, dans cette simple ville, dans ce simple monde.
Deux formes qui avaient decidé de n'en faire plus qu'une, et qui se cherchaient parmi les draps.
Des soupirs trop beaux pour être dus à la tristesse.
Des gémissement trop forts pour être dus au désespoir.

Tom et Lol.
Tom et moi.

C'était peut-être la vie qui m'en voulait et qui avait decidé de me donner un cadeau nommé Cancer. C'était peut-être le diable. Lucider, Ezechiel, ou n'importe quel connerie de ce genre.
Mais une chose était sûre. C'était qu'à ce moment là, moi, je m'en foutais.

*

J'ai ouvert les yeux.
La lumière blanche du soleil transperçait la fenêtre et battait maintenant sur mes paupières. Je me suis passé la main dans les cheveux. Puis, je me suis retournée sur le ventre. La tête entre les coussins. Le drap me caressait encore doucement la peau. Comme de la soie.

J'ai abandonné mon bras gauche qui est partit chercher Tom dans le lit. Je caressais son dos. Sa peau était toujours chaude, comme dorée par le soleil.

Tom...

Il a respiré doucement puis a bougé lentement la tête. Il m'a regardée avec ses dreads pendues devant le visage... Ses yeux bruns s'étaient faiblement ouverts et s'étaient déposés sur tout mon être. Il me regardait de cette manière et mon corps tout entier passait au Rayon X. C'était à la fois terrifiant et terriblement plaisant.
Regarde-moi comme ca pour toujours, mon Tom.
Ses lèvres ont formé un "coucou" et pour toute réponse, je lui ai capturé des miennes, goûtant encore une fois à son petit piercing.
L'euphorie de la veille remontait en moi mais...
"Pas aujourd'hui. Pas maintenant.". J'ai lové mon visage dans le creux de son cou chaud. Son odeur.
Corps contre corps. Âme contre âme.
C'est alors qu'il a passé ses bras autour de mes épaules et qu'il m'a serrée fort contre lui. Cet unique geste. Si divin soit-il, cependant. C'est ça, respirer l'amour ? Il m'a prise dans ses bras. Me serrant de tout son être, m'enveloppant de toute son âme.

« J'voudrais qu'tu sois à moi. »
Je lui ai embrassé le cou.
« Pour toujours. »
Moi aussi, j'aurais aimé.

Il a fallu que quelqu'un frappe à la porte et brise ma contemplation de ses mirettes brunes et son regard chocolat. Pour toute réaction, j'ai pouffé de rire et j'ai roulé jusqu'à ma place.

« Merde. C'est qui ? » A demandé Tom avant de le répéter une nouvelle fois, plus fort.
« Tom ! J'me demandais où tu étais... » C'était la voix de Bill qui se laissait entendre de l'autre coté de la porte. Le dreadeux s'est donc levé, a attrapé son cal'bar à la volée et l'a enfilé avant de se diriger jusqu'à la porte et d'ouvrir à son frère. Bill, lui, à l'inverse de son ainé était déjà préparé : Coiffure, Maquillage, Vêtement... Sans oublier le sourire.

« Oh euh. D'accord. Je vois. »
« Oui. Tu vois. »

Bill a passé la tête à l'intérieur, et m'a aperçue, les joues rouges.
« Salut ! » M'a t-il fait, le rire au coin des lèvres, et le sourire au coin des yeux, ainsi que pour détendre le sentiment de gène qui s'était installé. Je lui ai répondu d'un signe de tête, cachée entre les draps.
Après avoir dit que le petit déjeuner était servi et que Georg et Gustav nous attendaient déjà en bas, Bill est sorti. Me laissant seule, une fois de plus avec mon Jules.

« Trop chiant, ce gars. » A fait Tom, le sourire aux lèvres et les yeux plissés.

Un peu plus tard, Tom et moi étions dans la salle du petit déjeuner, avec les autres.
Des non-dits se cachaient sous les assiettes et je sentais les regards rieurs des trois sur moi. Georg taquinait Tom en lui disant qu'il pétait étrangement la forme, accompagné d'un sourire en coin. Tom répondait des « Ouiiii » enthousiastes et Gustav éclatait de rire. Joie.
Et surtout, surtout. Amour, quand tu nous tiens...

*

Tom et moi, on ne se déclarait jamais ensemble. On s'aimait ? Certainement. Mais on ne se le disait pas parce que le regard et les gestes sont plus malins dans c'genre de sentiment. Tom, parfois, il me prenait la main. Comme ca, du rien. Comme s'il voulait se certifier que j'existais encore. Bill avait pris l'habitude. Au début, il regardait son frère en haussant un sourcil. Il avait toujours pensait qu'il ne connaitrait jamais l'Amour avant longtemps. Maintenant, il avait prit l'habitude de ne plus avoir Tom dans sa chambre d'hôtel.

Avec Tom, on allait s'promener dans les forets, la où les gens ne pouvaient pas l'reconnaître. Là où on pouvait être tranquille. On s'tenait la main sous les arbres, et on s'embrassait entre les feuilles.
Un jour, même. Pendant qu'il me serrait fort contre lui, j'ai vu ce papillon rose, encore une fois. Posée sur une petite branche fine.
La fin d'une chose. Le début d'une autre.
Tom vivait dans ma chambre d'hôtel, aussi. Bill m'avait même avoué qu'il était jaloux de se coltiner la Solitude comme partenaire de chambre.
Mais comme vous l'savez autant qu'moi, tout c'qui est bon à une fin.

« T'es con, Tom. Putain t'es con ! »
« Mais tu sais bien qu'ce genre d'putain d'truc c'est pas pour moi ! »

C'était quand j'allais entrer dans la chambre de Bill pour lui dire une chose qui n'avait plus d'importance. Tom était à l'intérieur. Evidement, j'reconnaissais sa voix. La voix s'élevait entre les deux frères, jusqu'à c'que

« J'en ai marre de toi !! Tu comprends que dalle ! »
« Casse-toi. »

La porte s'est ouverte sur Tom qui m'regardait avec son regard chocolat un peu trop vitreux. Il m'a dévisagée de haut en bas, la bouche entr'ouverte, sans comprendre.

« Qu'est-ce que tu fais là ? »
Voix un peu trop agressive. C½ur qui s'emballe.
« R-Rien Que Qu'est-ce qui s'passait ? »
Tom a regardé à droite, puis à gauche.
« Tu nous écoutais, c'est ca ?! »
Incompréhension. Tom ?
Je ne comprenais plus ce qu'il se passait. Je le regardais avec de gros yeux. Pourquoi me parlait-il comme ca ?
« T'sais quoi ? Laisse tomber. »

J'me suis trainée jusqu'à ma chambre. Encore des non-dits sous les tapis qui sentaient trop fort une odeur que je ne connaissais pas encore Et que j'aurais préféré n'pas connaître.
J'me suis mise en boule sous la couette, pour penser. Son regard. Son air. Sa voix. Incompréhension.
Peut-être juste une pacotille, un énervement soudain. Rien de grave, Lol. Rien de grave.
C'était c'que j'espérais.

Rien de grave, Lol. T'inquiète.

Une petite heure plus tard, la porte de ma chambre s'est ouverte. Mes yeux étaient d'abord un peu trop endormis pour distinguer les deux formes qui se ressemblaient pourtant très fort. J'ai ensuite reconnu la silhouette de Bill et les dreads de son frère.
J'me suis redressée et Tom s'est approché de moi. Il m'a prit les mains, alors que je pensais qu'il m'embrasserait à son habitude. J'ai regardé Bill. J'ai pas vraiment compris ce qu'il se passait et le brun ne m'a pas vraiment aidé en baissant les yeux comme il l'a fait.

« Écoute, Lol. J'retourne dans la chambre de Bill d'accord ? »

Drôle de question. Que voulait-il que je réponde ? « Oui, bien sûr Tom ! Quelque chose se passe, mais aucun problème ! ». Non, évidement. J'aurais voulu le retenir pour ne pas qu'il parte. Quelque chose de trop gros se passait, et depuis que Tom avait passé le pas d'la porte, les non-dits cachés sous les tapis puaient la trahison.
On sent ce genre de chose. Cette odeur horriblement putride.

« Hey, Tom »

Il a relevé ses yeux sur moi. Verts contre bruns. Direction l'rayon X. Son air interrogateur.

« Embrasse-moi. »
Il a baissé les yeux et a resserré ses mains sur les miennes, sans me regarder. Accroupi. Inoffensif ?
« Traître. Traître. Traître. »
Je sentais les yeux de Bill, haineux, sur le dos de son frère.
« Quelque chose de trop gros. Trop gros. Traître. Traître. »
Tom s'est levé de sa démarche lente, habituelle, avec du désespoir entre les doigts. Ces doigts qui ont lâchés les miens et qui sont partis rejoindre les poches de son pantalon trop grand pour ses jambes fines.
« Traître. Traître. Traître. »
Il est partis sur l'pas d'la porte, avec son frère qui lui lançait des regards mis haineux, mis protecteur.
Et la porte s'est fermée derrière eux.
Et j'ai enfouis ma tête au plus profond de la couverture. Au plus profond de mon âme.
Traître. Traître. Traître.
Amour quand tu nous tiens. Pourquoi tu nous lâches, dis ?

*
Et soudain
Boom. Boom. Boom.
Quelqu'un ? Dans ma tête.
Boom. Boom. Boom.
Douleur. Qui est là ?
J'ai posé mes mains sur mes tempes. Pour entendre. Pour sentir.
Boom. Boom. Boom.
Douleur. J'ai serré un peu plus mes mains, et j'ai trainé ma carcasse vers la salle de bain.
Trop blanc. Sol froid.
Boom. Boom. Boom.
Qui est là ? Douleur.
J'ai regardé mon reflet dans la classe.
Pâle. Trop pâle. Yeux trop vitreux. Transparents ?
Cheveux trop noir. Yeux entourés de noir. Jais. Désespoir.
Boom. Boom. Boom.
Migre. Haine.
Bouche trop rouge. Rouge. Rouge. Douleur. Sang ?
J'ai posé mes mains sur mes tempes. J'ai serré. Un peu trop. Mes mains sont entrées dans ma tête.
Qui est là ? Migre. Haine. Douleur. Boom.
BOOM. BOOM. BOOM.
Ma tête. Ma tête. Ma tête.
BOOM. BOOM. BOOM.
Qui est là ?
« Je suis désolé mais Je ne t'aime plus comme avant. »
Tom ?
Douleurs. Douleurs. BOOM. BOOM. Sorts. Sorts.
Sorts. Détruis. Arrache. Sorts.
Ma tête contre le sol trop froid. Frappe. FRAPPE.
Souffre. Désespoir. Sorts. Boom. BOOM. Douleur.
Mes mains sont entrées dans ma tête. J'ai frappé ma tête contre le carrelage blanc.
Blanc propre. Frappe. Frappe. Les yeux transparents rivés sur le propre.
BOOM. BOOM. Souffre. Hurle.
Migre. Haine. Migraine.
« Je suis désolé mais Je ne t'aime plus comme avant. »
Tom ?
« Je suis désolé mais Je ne t'aime plus comme avant. »
Tom ?
Frappe. Frappe.
Une flaque rouge s'est formée petit à petit sur le blanc propre.
BOOM. BOOM.
Sorts. Douleurs. Sorts. Sorts.
Souffre. Douleur. Mal. Mal. Mal. Mal.
C½ur qui bat la chamade. S'emballe. Mon dieu. Casse gueule. Casse cou.
Tremblement de terre dans mon estomac. Saut périlleux.
M'laisses pas, sale c½ur.
Ma tête. Ma tête. Ma tête.
Mon c½ur. Mon c½ur. Mon c½ur.
Et vomis. Vomis. Vomis.
Vomis ton corps. Ta bile. Vomis ton âme.
Vomis ton être.
« Je suis désolé mais Je ne t'aime plus comme avant. »
Tom ?
Bip. Bip. Bip.
Qui est là ?
Haut-le-c½ur. Vomis. Âcre. Acide.
Gicle. Gicle. Gicle.
Frôlement. Haut-le-c½ur. Vomis. Vomis.
Blanc propre. Rouge sang. Ocre estomac.
Noir. Jais. Cheveux. Désespoir ? Rien.
Biiiiiiiiiiiip.
Néant.

*

La fin ?
« Putain. Putain. Réveille-toi ! »
Hm Pas encore. Mais pour combien de temps encore ?
« Alleeer Tu vas pas m'faire ca, hein ? Dis ? »
Qui est là ?
« Tu vas pas m'abandonner, n'est-ce pas ? »

« Même si c'est pas comme avant Putain, réveille-toi. J'veux pas t'perdre. »
Tom ?
« Tout sauf ca. Hein ? Promets-moi »
Et j'ai ouvert les yeux.
Le blanc propre a envahi mes iris verts transparent. La lumière du jour. La vie. Gustav dans un coin. Bill, assis sur le sol à ses cotés. Georg sur une chaise à coté du lit. Et Tom, la tête enfouie dans mon drap.
« Chuis là. Chuis pas encore partie. Pas encore. »
Pas encore
Tom m'a regardée avec ses yeux humides. Les mêmes yeux qu'la dernière fois. Plus d'sourire, alors ? Plus d'sourire.
Ça puait la fin à plein nez. La Fin.

« Tom Hier »
Tom n'a pas répondu. Et comme pour sauver son ami, Georg s'est levé et s'est approché de moi.

« T'as eu une migraine. J'sais pas trop c'qui s'est passé mais on t'a retrouvé dans un sale état. Mais t'inquiète pas, tu iras bien. »

Il m'a donné une toute petite tape sur la joue, en souriant. Comme pour me redonner courage. Pour me dire de ne pas m'inquiéter. Oh mon Georg. Evidement. Tout n'allait pas aller Ah. Si vous saviez.
Tom a encore planté ses yeux dans les miens. Il voulait me dire quelque chose.
Je le voyais.

« Écoute, Lol. C'est pas C'est pas à cause de moi, tu m'promets ? »

J'ai hoché la tête. Non bien sûr. C'est à cause de Leucémie. Il a fait un signe de tête à ses trois amis qui se sont levés pour sortir. Georg m'a refait le même sourire, Gustav m'a lancé un regard de courage. Bill, lui, m'a longuement regardé, avant de posés ses yeux embrumé sur son frère. Regard Haineux ? Non. Plus cette fois. Regard stoïque.
Ils sont sortis de la chambre, me laissant avec le dreadeux. Ses dreads étaient jointes en une queue. Des blondes. Des brunes.

« Je suis désolé mais Je ne t'aime plus comme avant. »
D'accord.
D'accord
« Je ne peux pas t'obliger à m'aimer éternellement. »

J'ai passé ma main sur ma tête et j'ai sentis le bandage qui entourait mon front. Ma blessure d'hier.

« Ouais Je crois bien que c'est la dernière chose que l'on peut m'obliger à faire. »
« Oui. »

Je suis restée stoïque. Du moins, j'ai essayais. J'ai caché du mieux que je le pouvais, les larmes qui s'apprêtaient à voyager sur mes joues en faisant des galipettes. J'ai caché du mieux que je le pouvais, la petite flamme de rage dans l'creux de mes yeux invisibles.

« Tu Tu m'en veux pas trop, dis ? »
Si.
Je t'en veux. Je t'en veux de gâcher mes derniers jours. Je t'en veux de prendre mon c½ur et de le serrer trop fort entre tes deux doigts. Je t'en veux de me briser de l'intérieur. Je t'en veux de me mettre dans cet état de rage. Je t'en veux, Tom. Je t'en veux de t'aimer.
« Non. »

Il a pris ma tête entre ses jolies mains et a embrassé mon front. Sur le bandage. Il s'est ensuite levé de sa chaise, et après m'avoir souris, sourire dont je n'aurais pas du répondre, il est sorti rejoindre ses amis.
Porte qui claque. Au revoir, Tom.
Et moi, j'ai pleuré.

*

Trois mois.
Ca faisait maintenant trois mois que je l'avais rencontré. Trois mois que j'avais quitté mon chez moi. Trois mois que j'étais en terres étrangères Trois mois et une semaine que j'étais au courant pour ma leucémie. Deux semaines que moi et Tom, c'était du passé. Deux semaines qu'il me regardait avec de la douleur et de la culpabilité dans les yeux. Deux semaines que je le regardais avec de la rage dans les pupilles. Deux semaines qu'on ne parlait plus vraiment. Mais deux semaines que j'étais quand même toujours à l'hôtel. D'ailleurs, je ne savais pas pourquoi j'étais toujours là.
Pour le voir, peut-être. Parce que le contraire serait pire que tout. Enfin, soit. Deux semaines de souffrances un peu trop grandes pour mon petit c½ur. Deux semaines un peu trop insupportables. Deux semaines riches en migraines. Deux semaines de trop.

Je m'étais mise en tête que Bill était la cause de ma séparation avec Tom. Je pensais qu'il était jaloux de la relation que je portais envers son frère. Je le pensais Jusqu'à notre conversation. Je lui avais dit que j'avais entendu la dispute qu'il avait eue, avant que Tom ne décide de retourner dans la chambre de son frère. Bill m'a alors avoué que la raison pour laquelle il regardait son frère de manière haineuse, c'est parce qu'il lui en voulait de ne plus m'aimer. De gâcher son amour. Un truc de jumeaux quoi. Il m'a dit qu'il lui en voulait de se faire du mal en déchirant notre lien.

C'est donc ainsi que j'ai fini par connaître toute l'histoire. Une histoire qui n'avait d'ailleurs plus aucun sens vu la relation inexistante qui me liait à Tom. J'ai finis par apprendre que Tom m'avait trahie pour une autre. Plus belle, certainement. C'est Bill qui m'a tout raconté sur l'coup de la rage. Une jolie blonde aux courbes généreuses qui ne laissaient aucun homme indifférent.

Et surtout pas Tom. Parce qu'il est comme les autres, le Tom, finalement. Un homme.

Une blonde aux yeux bleus avec des cils immensément longs. Une blonde qui baisait facilement.
Une connaissance à lui. Et puis. Elle était bonne et c'est tout. Alors voilà. Tant pis, Lol. À lui la blondasse.

Sur l'coup de la tristesse qui s'est emparée de mes jours, j'n'étais plus vraiment là. Plus vraiment présente.
Je passais mes soirées à voguer dans les rues de Berlin avec un joint dans la bouche.
Un jeudi soir, comme d'habitude, je me suis mise à marcher avec la cigarette qui est sensée faire rire au bec. Pour n'plus penser.
Mais cette fois, ca n'a pas vraiment marché.

Trop d'pensées qui s'bousculaient au portillon et qui voulaient sortir, tout simplement.
Tom. Ce nom là m'paraissait alors bien lointain. Finies les nuits à m'perdre dans ses bras. À m'enivrer de son odeur envoûtante. À mourir d'amour. Maintenant, Tom, c'était un garçon qui m'regardait avec d'la douleur qui squattait ses iris brunes. Un beau garçon, avec des dreads et des vêtements trop grands pour lui. Un garçon qui jouait de la guitare comme un dieu. Un garçon lointain. Une célébrité. Un garçon inaccessible.

J'me suis promenée comme ca longtemps. Plus longtemps que d'habitude. À penser. Je suis passé sur une passerelle qui surmontait l'autoroute, et je me suis posé sur la rampe. Les phares rouges et jaunes formés des étoiles immenses dans mes yeux un peu trop injectés de sang. Si j'avais toute ma vie, je me serai certainement dit que ça aurait été drôle de me jeter de là. Mais c'était faux. Des solutions, il y en a toujours, et celle du suicide n'était pas la bonne. Pas pour moi, en tout cas.

Trois mois déjà. Trois mois qui avaient passé extrêmement vite. Cela faisait longtemps que j'avais la leucémie, mais on s'en est aperçu un peu trop tard. Peut être que si mes parents avaient joué leur rôle, ils auraient pu voir en moi un certain trouble et m'auraient emmené à l'hôpital. La maladie aurait alors été découverte et j'irais bien dans le meilleur des mondes. Si seulement. Oui, mais il a fallut qu'ca s'passe autrement. Le docteur m'avait dit que la maladie avait déjà pris un tour trop grave pour pouvoir la soigner.
Il m'avait dit qu'il me restait quelque mois à vivre, grand maximum.

Et aujourd'hui, cela faisait trois mois.
La fin était proche. Elle était là, à me ronger le sang. Je la sentais, quelque part.
En moi.

Je me suis remise à marcher un peu sur la passerelle. Je l'ai traversée jusqu'au bout, et j'ai trouvé Gustav qui était là aussi. Accoudé de la même manière, à regarder le temps qui filait en même temps que les voitures passaient.

« Bonsoir. »
« Bonsoir. »

On s'est pas mal dit de chose dans ce simple « bonsoir ». Il m'a pas vraiment regardée, mais il a nettement compris que j'allais mal. Juste avec mon âme qu'on apercevait trop, je suppose.

« Qu'est-ce que tu fais là ? » M'a-t-il demandé.
« J'me plains à la Vie. »

J'ai raconté toute l'histoire à Gustav. Toute mon histoire.
Du début à la fin. Lorsque le mot Vie a pris tout son sens, lorsque j'ai appris que j'étais malade. J'lui ai raconté mes parents. J'lui ai raconté ce Eux. Tokio Hotel. Je lui ai raconté mon amour pour Tom, cette trahison qu'il connaissait déjà. Je lui ai raconté mon mal.
Et j'ai pleuré.
J'ai beaucoup pleuré sur son épaule, pendant que lui, pour toute réponse, m'a observée de son regard doux.
Qui aurait pu imaginer que mes jours étaient comptés ?
Je lui ai fait promettre de ne rien dire aux autres. Je devais leur dire quand je me sentirais prête. C'était mon rôle. Il s'agissait de moi et de personne d'autre.

« Merci Gustav. »
« Pour quoi ? »
« J'sais pas. Mais merci d'exister, c'est tout. »

Et Gustav a souri.
Merci, Gustav.

*

J'ai vraiment pensé que le pire s'était produit. Je vous jure que je l'ai pensé.
J'ai pensé que mon petit être ne pouvait pas tombé plus bas qu'il ne l'était. Et puis, ca a changé quand un soir, alors que j'errais pour la énième fois dans les rues de la capitale germanique, un policier m'a attrapé par le bras.
Costume impeccable. L'½il sombre. Chapeau brillant.

« Avez-vous une pièce d'identité ? »

J'ai demandé pourquoi. Il m'a dit parce que. J'ai refusé, il m'a serré très fort le bras. Parce que c'est son métier et que blabla. J'ai craché par terre avant de sortir ma vieille carte scolaire qui trainait toujours dans mon porte-monnaie.

« Lolia Monnai »
« Ca vous va ? »
« Montes. »
« Quoi ? »
« Montes ! »

Je suis montée dans la vieille voiture de police qui s'est tout de suite rendu au comissariat. J'ai passé bien trois heures à répondre à un tas de question et à attendre que quelque chose se passe. Pourquoi j'étais ici ? Qu'est-ce que je faisais ici ? Ou je résidais ici ? Je n'ai jamais mentionné Tokio Hotel ou l'un de leur quatre noms pour éviter de leur attirer encore plus de problêmes.
Le policier a fini par me dire que mes parents me cherchaient depuis deux semaines. Aha. Rictus. Va savoir pourquoi mes parents ne me recherchaient que depuis deux semaines alors que j'avais disparu depuis trois mois. Après plusieurs autres questions, le policier a dit :
« Vous retournerez bientôt chez vous. Demain, probablement. »

Inutile de vous dire qu'un monde s'est effondré autour de moi. Demain ? ... Demain ou la fin. Tout ce que j'avais alors vécu m'est revenu en tête comme l'expression "voir la vie défiler devant ses yeux".
Demain ou la Fin.

Le policier m'a signalé que je serais suivie jusqu'à la récupération de mes affaires et que je passerais la nuit au comissariat, avant de repartir chez moi le lendemain. Une demi-heure, environ, après, une voiture de policier m'a donc conduit à l'hôtel. Ils m'ont attendue dans l'entrée en me demandant de ne pas être trop longue. Je suis montée jusqu'à l'étage de nos chambres. Dans le couloir, j'ai vu Bill qui allait vers sa chambre...

« Bill... »

Il s'est retourné vers moi. Ses yeux embrumés m'ont regardée d'un air etonné. Bill et moi, nous ne parlions jamais beaucoup. Et pourtant, étrangement, je crois bien que nous étions proches l'un de l'autre. Peut-être à cause de la relation que j'avais eu avec Tom. Je ne sais pas. Mais soit. Comme si, nos regards se faisaient confiance et prenaient plaisir à se rencontrer.
Je suis restée immobile dans le couloir. Mon long manteau gouttait sur le sol. Ploc Ploc Ploc. De l'eau s'était incrustée dans mes chaussure.
Dehors, il pleuvait.
Bill s'est approché de moi.

« Oui, Lol ? »
Hésitation. Je pouvais tout aussi bien ne rien lui dire et partir, pour éviter que les larmes qui se bousculaient un peu plus dans mes yeux se ne déverse sur mes joues.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? »
Trop tard. Les gouttes salées jouaient maintenant à faire la course sur ma peau. Ploc Ploc Ploc.
Dedans, il pleuvait.
« Bill... Je dois partir. »
Sanglots. Voix qui se brise.
Bill s'est immobilisé et a posé sa main sur son visage.
« Non... »
« ... Maintenant. »
Il s'est approché de moi et a pris mes mains dans les siennes. Ses longues mains. Androgynes, aux ongles noirs.
« Mais... Pourquoi ? »

Je crois que mes pleurs ont alerté Gustav et Georg qui sont sortis de leur chambre. J'ai croisé le regard de Gustav et là, s'en était trop. Je me suis laissée tombée sur le sol.
Écrasée par le poid des larmes. Douleur.

Gustav. En partant, je n'étais pas sure de les revoir, et ca, Gustav le savait. Il savait que mes jours étaient comptés et que je ne pourrais bientôt plus voir la lumière du jour.
Bill s'est accroupi devant moi. Georg tentait de me calmer en me demandant ce qu'il s'était passé.
Je leur ai tout raconté.
Ma ballade nocturne. Mes plaintes à la Vie. Ma rencontre avec le policier. Ma venue forcée au comissariat. Le questionnaire qu'il m'a fait. Et la plainte de mes parents.
Mes parents. August Monnai et Anna Monnai. Le début de mes problèmes.

Anna et August ne m'ont jamais desirée. Ils m'ont eue "par erreur", comme on dit. Et ca, c'était déjà le début de mes problèmes... Mais on assume, et on reste en vie. Hein ? Et puis tout simplement, ma maladie. L'fait qu'ils ne se sont jamais occupés de moi.
Lol, elle est bête. Lol elle est ridicule. Lol, elle est inutile. Lol, on s'demande bien c'qu'elle fout là.
Et j'devais bientôt les revoir...

Eh, dis, la Vie. J't'ai fait quoi pour mériter ca ?

Les garcons ont bien vus qu'il n'y avait pas d'issue à tout cela. Tant pis, Lol. Comme à mon habitude, je me prendrais un pavé dans la gueule signé la Vie.

« Où est Tom ? »
Silence.
« Où est Tom ?! Je veux lui dire au revoir... »
Silence. Pavé.
« Tom... Il est pas là. »

Il était avec la jolie blonde. Pavé dans la gueule parce que jamais deux sans trois.
Je suis rentrée dans ma chambre et j'ai pris le peu d'affaires que j'avais, dans un sac...
Dont un T-shirt que j'ai trouvé. À lui. À Tom.
Datant de notre époque d'amour infini. Finie.
Au revoir, Bel inconnu.

Georg m'a prise dans ses bras et m'a embrassé sur le front avec son habituel sourire. Sourire dans l'âme. Sourire Georg. "Tout va bien se passer. Tu vas voir." Sourire Espoir.
Au revoir, mon ami.

Bill m'a regardée dans les yeux. Je croyais voir Tom, en me laissant voguer entre les millions de sillons bruns de ses iris. Embrasse-moi, Tom. Comme tu le sais si bien le faire.
« Je lui dirai... »
Au revoir, Tom.

Gustav m'a serrée de toute son âme en guise d'au revoir. J'avais la tête dans le creu de son cou à sentir son parfum.
Il a fini par me lâcher et m'a regardé les yeux brillants.
Il connaissait mon destin.
Il savait.
Gustav savait.

« On se reverra, hein ? »
Bill.
« N'est-ce pas ? »
Je n'ai pas répondu.
« Lol... »
Je n'ai pas lancé un regard en arrière.
Un pas, deux pas, trois pas.
Et je suis sortie.
À jamais, mon amour.

*

J'ai donc passé la nuit au comissariat.
Pas à dormir, mais à pleurer.
Juste. Pleurer. Pleurer. Pleurer.

Pleurer ce comissariat miteux. Pleurer ce pauvre flic en vadrouille toute la nuit. Pleurer Leucémie. Pleurer mes parents. Pleurer l'avion qui m'emmenerait loin d'eux. Pleurer Georg et son sourire Espoir. Pleurer Bill qui pensait me revoir. Pleurer Gustav qui connaissait mon destin. Et bien sûr, pleurer Tom... Ou comme qui dirait Pleurer ma Vie.

Je suis arrivée chez moi le lendemain, sur le coup des 13 heures. Les flics se sont chargés d'expliquer à mes parents où j'avais été. Eux, ne m'ont rien dit. Pas même un regard. Je suis directement montée dans ma chambre. Elle n'avait pas changé, elle avait juste pris un peu plus la poussière. J'ai fermé les volets pour plonger ma chambre dans le noir. Depuis que j'y étais rentrée, l'air s'était emplie d'un goût au désespoir. Désespérée d'la Vie.

Je ne sais pas si mes parents ont du payer quoi que se soit pour ma fugue. En tout cas, notre relation était toujours la même. Chacun dans son monde et rien pour les mélanger. Inexistante.

J'ai recommencé à vivre à peu près comme avant ma fugue.
Dans l'noir de ma chambre à ne penser à rien. Écoutant un groupe de jeunes allemands dont j'avais oublié le nom. À regarder la forme que prenait la fumée de cigarette lorsque je l'expirais de ma bouche.

Je n'étais toujours pas retournée en cours depuis, et je ne comptais toujours pas y aller.
Parfois, quand l'envie me prenait, je me remettais à arpenter les rues, toujours avec le néant comme seul compagnon.

Une semaine et quelques jours... Bientôt deux.
Et pas de nouvelles.
Le groupe m'avait certainement oubliée et Tom en particulier.
Bill devait être entrain de penser à une nouvelle musique, pour l'avenir prometteur du groupe car il y en avait un, en riant à la dernière vanne de Gustav. Georg, lui, certainement occupé à draguer une jolie fan sur une partie de monopoli, et Tom, à embrasser sa belle blonde.

Pas de place pour Lol dans ce monde miteux.
Pas de place pour Lol dans les souvenirs non plus, et à quoi bon regarder le futur, puisqu'il n'y en avait pas.

La mort aurait bien pu m'emporter dans n'importe quel coin de rue, j'étais devenue un cadavre ambulant. Vide de l'intérieur et moche à l'extérieur. La maladie m'avait façonné un nouveau corp. Maigre et pâle. Maladif.
Mes grands yeux verts, verts de vide, étaient cernés de veines bleues un peu trop voyantes.
Il m'était devenu trop dur de vivre. Je ne pouvais plus porter de choses lourdes et m'évanouir était devenu une chose naturelle. Parfois, dans la rue. Et je me reveillais quelques heures plus tard sous une pluie battante qui me glaçait encore plus cette enveloppe charnelle, prête à déperrir.
J'avais constamment droit à de très fortes fièvres et migraines qui me donnaient chaque fois un peu plus ce goût amer dans la bouche.

Comme une envie de partir.
Comme une envie d'oublier cette souffrance.
Comme une envie de s'en aller très loin.

La petite fille aux yeux verts, morte de l'intérieur, comme en attente d'une lumièrepour lui montrer qu'elle vit.

*

Je suis aujourd'hui persuadée que la Fin arrive à grand pas. Le temps passe à la vitesse de la lumière. Un claquement de doigt. Un clin d'½il. Le battement d'aile d'un papillon.

J'ai arpenté les rues de mon lycée dans l'espoir de trouver Jey. Pour lui dire au revoir. Je l'ai retrouvé devant l'bahut, une clope au bec comme à son habitude, autour des 10h00.
Je ne l'ai pas tout de suite reconnu. Jey était devenu un autre homme. Différent. Ces yeux étaient entourés de poches bleues et ses iris, vidés.
Vidés d'espoir. Vidés de rêves. Vidés de vie.

« Bonjour, Jey. »
« Oh. Bonjour Ca fait longtemps. »

Avant, il était comme une teinte de rouge parmi un monde de noir et blanc. Comme un rire au milieu des larmes. Comme un rêve entre les cauchemars. Mais je crois finalement que tout ca n'était que la cause de la poudre blanche qui squattait un peu trop souvent son nez. Speed.

« Tu as bien changé »
« Tu es malade ? »

Jey a tout de suite deviné. Je ne sais pas comment il a fait. Peut-être l'habitude des gens partirent à chaque Frees. Peut-être par l'habitude de se dire qu'après ce rail là, qui sait si on se réveillera.

« Oui, je »
« Tu vas mourir, Lol ? »

L'entendre de la bouche de quelqu'un autre, c'était comme recevoir une balle de fusil en pleine poitrine. Comme si, tout à coup, je ne pouvais plus fermer les yeux devant la Vérité.
Mourir. Oui. Mourir. Pas « partir ». Pas « s'en aller ». Pas « quitter ». Pas « disparaître ». Pas « s'envoler ». Ni même << s'éteindre >>.
Mourir. Vérité amère. Mourir.

« J'crois bien, ouais »
« Merde, Lol. Merde. Si on pouvait échanger les rôles Putain. Emportez moi à la place de la gamine, elle a encore tellement de chose à découvrir »
« Dis pas ca, Jey. »

J'ai souri. Mieux vaut en rire qu'en pleurer, à c'qu'il paraît.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Tu sais, Lol Quand on assemble mal les pièces d'un jeu de construction, il faut le détruire depuis le début pour le recommencer. »

Jey. Différent. Plus mûr. Plus adulte. Sans plus aucun rêve.

« C'est ton cas ? »
« J'aurais jamais du commencer la merde, Lol. Jamais. J'suis tombé de bien haut, là. L'idéal que je me faisais de la vie est devenu mon pire ennemi. Et regarde ce que je suis devenu. J'voudrais qu'Il m'emporte pour que je puisse à tout jamais fermé les yeux sur ces gens aigris et sur ce monde un peu trop noir et blanc pour moi. Tu vois comme la Vie est injuste, Lol ? Tu le vois, n'est-ce pas ? Elle garde ceux qui ne veulent pas d'elle et élimine ceux qui la revendique.
Emporte-moi mon Dieu en qui je ne crois plus. Emporte-moi au lieu de la gamine. Pas toi, putain, pas toi »
« T'inquiète pas, Jey »
« Je ne m'inquiète plus. Peut-être que je ne ressens plus rien. Je ne sais plus. Je suis pourri de l'intérieur. Vidé. Fané. Brulé. Mort. Et la mort et moi, on s'connait, crois moi. Cette putain qui m'a volé ma mère et mes frères. Même Niou, avant-hier. T'y crois, toi ? Je l'aimais ce putain d'chat et il a fallu qu'il se promene un peu trop sur la route. Mais tant pis. Une de moins. Ca fait mal mais après-tout, je m'habituerais. Comme avec les autres. Je me dirais que tu es partie en voyage et que tu reviendras dans longtemps »
« Au revoir, Jey »
« Au revoir, petite fille. On se retrouvera là-haut, qui sait »
« Au revoir »

Nous ne nous sommes pas touchés. Jey a planté ses yeux morts dans les miens et j'ai fini par me retourner.
Un pas, deux pas, trois pas. Et je suis partie.

J'ai rencontré sur mon chemin, un petit papillon aux ailes roses qui voletait gaiement.
La fin d'une chose, le début d'une autre.
Je me suis retournée, Jey n'était plus là.
Adieu, Jey.

*

Aujourd'hui, tout a changé.

J'étais comme à mon habitude, allongée sur mon lit à contempler l'noir de ma chambre baignée dans la fumée de la dernière cigarette du paquet d'Marlboro avec Unendlichkeit comme fond sonore.

Je ne sais plus quelle heure il était car dans ma tête il n'y avait plus d'heure. Juste du temps qui s'écoule comme du sable dans son sablier.

J'ai repensé à Jey. Trois mois lui avaient permis de changer complètement. L'artifice en extinction. Il vivait avec la Mort comme plus fidèle compagne. Sa mère est morte pendant son enfance. Il avait peut-être quatre ou cinq ans. Son père a donc eu la charge d'un fils qu'il ne voyait jamais. Il était toujours en déplacement à cause de son travail. Jey a du apprendre à vivre par lui-même. À croire qu'il n'a pas pris le meilleur des chemins.
Quand je l'ai rencontré, Jey et moi étions en 4e. Il m'a toujours appelé « la gamine » car j'ai toujours était bien plus petite que lui. Pendant ces trois années jusqu'à ce jour, il était considéré comme le beau gosse de la série. Envié par tout l'monde alors que sa vie n'avait rien d'enviable. À vivre avec la mort et chasser l'dragon.

C'est avec sa coke dans l'nez qu'il se faisait envier.
C'est avec sa coke dans l'sang qu'il s'était créé son idéal de vie.
C'est avec cette coke en trop qu'il était à ce jour, tombé plus bas qu'le monde.

« Driiiing Driiiing »
Aujourd'hui, le monde a changé.
Ma vie sociale était alors inexistante et la sonnerie du téléphone me fit avoir des sueurs froides dans le dos.
Une sonnerie. Deux sonneries. Trois sonneries.
Pourquoi personne ne décroche ?

J'ai soulevé toute mon âme de ce lit froid et je suis allé jusqu'au téléphone.
Le combiné se déchaînait devant moi et pour faire taire de bruit abrutissant, je l'ai saisi d'une main et ai posé le bout sur mon oreille.
Je me suis tue.

« Allo ? »
Bopom. Bopom. Bopom.
Cette voix.
Cette voix !
« Lol ? »

Respiration hachée. Main tremblante. Corps tremblant. Âme tremblante.
J'étais figée. Il m'était impossible de dire quoi que se soit.

« Je Euh Allô ? »
Silence à l'autre bout du fil.
« Bon Euh C'était peut-être une erreur Désolé. »

Maintenant ou Jamais.
Maintenant ou Jamais.
Maintenant ou Jamais
.

« Tom »
Silence.
Sanglots.
« Pleure pas, Lol »
Sanglots.
« Ca fait des semaines que j'attends de tes nouvelles et j'ai l'impression qu'ça fait des ans ! Les secondes sont des heures sans toi »
Silence.
« Tu m'manques, Tom »
Silence. J'entendais juste sa respiration au bout du fil et je l'imaginais. Une main sur le visage, assis, le dos contre le mûr, dans l'ombre.
« Tu peux v'nir ? »
« J'vois pas comment »
Silence. Venir. Le voir. Tom.
« Et ta blonde ? »
Silence.
« J'la vois plus parce que »
Silence.
« Parce que j'me suis rendu compte que c'était toi que j'voulais. »
Stop. Il me voulait.
Tom. Celui dont j'avais perdu tout espoir de revoir un jour me voulait.
Tom
Respiration hachée.
« Tom »
Silence.
« J'peux venir te chercher ? »
Quoi ?
« Quoi ? »
« Genre Demain. Et j't'amène à Berlin. Avec moi. »
« »
« Ensemble »
« D'accord »
« D'accord ? »
« Oui »
« On se voit demain, Lol »
« Hum »
« Promis. »
« D'accord. »
Silence.
Comme s'il manquait quelque chose.
« He, Lol »
« Hm ? »
« Je t'aime. »

*

Le lendemain matin, inutile de vous dire que les minutes étaient devenues des heures.
J'avais à peine fermé l'½il de la nuit la veille, après ce que Tom m'avait dit au téléphone.
Je t'aime. À combien de fille l'avait-il dit auparavant ?
Aucune. J'en étais sure. Juste moi.
Comme si j'étais différente des autres.

Tom ne m'avait pas oubliée et il venait même jusque chez moi, dans un autre pays, pour me chercher et pour me ramener à notre belle Berlin.
Mais je ne pouvais pas m'empêcher d'avoir peur. Peur qu'il rejette mon nouveau corps. Cette enveloppe charnelle bien trop pâle. Bien trop maigre.

J'ai sursauté quand on a frappé à la porte.
Bopom Bopom Bopom.
J'ai dévalé l'escalier. Mon père, dans son fauteuil, toujours devant la télé' gueulait qu'il fallait ouvrir.

Je me suis positionnée devant la porte d'entrée.
Toc Toc Toc.
J'ai profondément respiré.
Toc Toc Toc.
J'ai posé ma main sur la poignée.
Toc Toc Toc.
Et si ce n'était pas lui ?
Toc Toc Toc.
Et s'il est horrifié devant moi ? Et s'il me rejette ?
Toc Toc Toc.
Respire, Lol. Respire.
Toc Toc Toc.
Et là, j'ai ouvert.

Direction le Septième Ciel. Direction l'paradis. Direction les Anges. Direction l'ataraxie. Direction la perfection. Direction l'âge d'or. Direction la bénédiction. Direction l'enchantement. Direction l'enivrement. Direction l'extase. Direction le Nirvana. Direction le plaisir. Direction la sérénité. Direction la joie. Direction la félicité. Direction l'absolu. Direction le pays des Merveilles. Direction la transcendance. Direction le summum. Direction l'Amour. Direction le Bonheur. Le Vrai.
Direction la Vie.
Tom. Bonjour, Tom.

« Bonjour... »
« J't'avais promis que j'viendrais. »

Là, il m'a pris dans ses bras et m'a serré. Très fort. Tout contre lui. Ma tête dans son cou et son visage dans mes cheveux. L'osmose parfaite. Son c½ur battant contre le mien.
Corps contre corps.
Âme contre âme.
Mon Tom.

Ça faisait tellement de bien de le voir. De le sentir vivre contre moi. Instant de pur bonheur. Instant d'vie.
Un 4x4 noir était garé devant la maison. J'ai regardé le visage de Tom. Mon Tom. Tel qu'il était lorsque je l'avais quitté.
Cette peau dorée entourée de ses dreads clairs. Ses yeux chocolat. Son petit nez au milieu de son doux visage suivi par ses lèvres pulpeuses ornées de ce petit bijou.
Et son sourire.
Heureux. Heureux de me voir. Heureux d'être face à moi. Heureux de me retrouver. Heureux d'être enfin ensemble.

« On y va ? »
« Attends »

Je me suis dirigée dans le salon, là où les jeux télévisés faisaient fureur et où la jolie présentatrice criait qu'il fallait « Appelez ! Appelez ! Maintenant ! Tout de suite ! ».

« Papa ? »
Pas de réponse. Les yeux rivés sur son écran, sa fille était inexistante.
« Papa ! »
« Quoi, quoi ?! Tais toi un peu, tu n'vois pas que j'regarde la télé ?! »
« Je sais P'pa Désolée. »
« Sale gosse. »
« Dis Papa »
« Quoi encore ? »
« J'vais partir. »
« Tu vas pas nous r'faire le coup de la dernière fois ! Tu sais combien on a payé pour toi ? Tu l'sais ca ?! Idiote ! Tu es vraiment incapable ! Gamine inutile, gamine à problème ! »
« Pas comme la dernière fois, Papa. Cette fois je ne rentrerais pas. »
« J'me demande comment cela s'fait qu'tu sois ma fille »
« Moi aussi. Au revoir, Papa. »

L'homme a retourné son attention sur le poste de télévision. Certainement bien plus important que moi à ses yeux, mais tant pis. Je suis retournée sur le pas de la porte où Tom m'attendait, adossé contre le mur.
Je suis arrivée, il m'a souri. Il m'a pris la main. Sa main chaude dans la mienne, un peu comme pour réchauffer mon corps. Rallumer ma lumière.
Un peu comme la toute première fois que nous nous sommes rencontrés pour de vrai.
Et là, un pas. Deux Pas. Trois pas.
Et c'est ensemble que nous sommes partit. Vers la lumière du bout du tunnel.
Tom. Ma lumière.

*

Nous sommes arrivés sur Berlin en fin d'après-midi. J'avais quitté une France grise, pleine de mauvais souvenirs. L'Allemagne, elle, m'acceuillait chaleureusement. À bras ouvert, sous les rayons de soleil.

Tom m'a d'abord demandé si je voulais l'accompagner quelque part. Pour être un peu tranquille avant de retrouver les autres à l'hôtel.
Nous nous sommes garés devant la forêt où nous avions l'habitude d'aller. Nous nous sommes assis sur un tas de feuilles mortes et Tom m'a regardé.

« Merci d'être venue. »
« Merci d'être venu me chercher. »

J'ai longuement soutenu son regard. Je n'ai pas bien compris pourquoi il me remerciait, mais je n'y ai pas prété trop d'attention. Le plus important était que nous étions tout les deux réunis... Enfin réunis. Mais pour combien de temps encore ? ...Et sinon. Peut-être aussi le fait qu'il m'aimait aussi.

« Tu m'embrasses pas ? »
Il était surpris.
« Euh...? »

J'ai conservé son regard brun. Puis, il a sourit de plus bel et il s'est approché de moi, plongeant dans le bleu de mes yeux.
Il a posé ses lèvres sur les miennes.
Amour et Amusement.
Transmission d'sentiments dans ce contact de lèvre. De peau. De corps.
D'âme.
Un renouveau. Un recommencement. Un re-début.
... Mais pas à zéro. Parce qu'on savait bien tout les deux qu'on ne pouvait pas oublier ce qu'il s'était passé.

Nous sommes rentrés à l'hôtel en début de soirée.
Sourire aux lèvres et Amour, quand tu nous tiens.

Bill, Gustav et Georg m'attendaient dans une des chambres. Tom me tenait fermement la main. Parfois, il se retournait vers moi en souriant. Ses yeux prenaient alors la forme de deux petits croissant de lune couchés. Regard malin. Regard Sourire.
Il a ouvert la porte et Bill m'a entourée de ses bras fins.

« J't'avais dit qu'on s'reverrait. »

Et après que Gustav et Georg m'aient prise chacun leur tour dans leurs bras forts, tout l'monde s'était mis à rire de bon coeur. Bill était assis au pied du lit où Gustav était allongé sur le coté. Georg était sur le bras du canapé que j'occupais la tête allongée sur les genoux de mon Tom.

Nous parlions de tout et de rien. Peut-être que nous ne parlions même plus, que nous nous communiquions du bonheur par pensées.

Bill se rememorait de son enfance passée avec son frêre. Me parlait de son premier mot. Son premier anniversaire. Son premier baiser. Son premier sourire sincère. Sa première chanson. Son premier "Je t'aime" à Tom. Son premier bisous dans l'cou. Sa première petite amie. Sa première fois.
Des choses qui continueraient à se faire, à se reproduire, à se répéter, à se renouveler encore de nombreuses fois. Pour toujours. Jusqu'à la Fin.

Georg me faisait rire. Il detendait l'air avec ses yeux toujours de cette couleur Espoir. Ou peut-être était-ce la couleur Georg... Ou tout simplement, Georg. Il lançait une vanne par ci, par là. Une jolie phrase parfois. Un mot qui fait sourire de temps à autres.

Gustav m'enveloppait de son regard protecteur. Un grand frêre là pour me bercer. Une espèce d'ours en peluche, le plus câlin du monde. Des sourires. Des embrassades. Des jolis mots.
Un grand frère, le Gustav. Un ami. Un meilleur ami.

Toute cette ambiance baignée par la main câline de Tom. Me caressant la nuque, le front, le front, les cheveux, la nuque. Baignée par les lêvres amoureuses qui m'embrassaient la peau, le front, le cou, les joues, le cou, les lêvres, le cou, les joues, le front, les lêvres.
L'âme. L'esprit entier.

L'osmose parfaite entre quatre êtres. Quatre humains ? Impossible. Quatre dieux ? Non plus. Mais quatre anges, je crois. Peut-être employés par le Ciel pour rentrer dans mon monde et pour redonner une teinte un peu plus colorées en ces derniers jours. À une flamme en estinction le goût de briller.
Une dernière fois.

*

Mon amour est resté dormir dans ma chambre ce soir là. Bill n'a pas bronché, il a sourit. Avant de rire un peu, il nous a souhaité de jouir des bétises les plus plaisantes du monde.
Quand nous nous sommes retrouvés seuls, Tom m'a fait roulé sur le lit, a passé ses deux bras aux cotés de ma tête et m'a embrassé dans le cou. Sur les lêvre. Sur le visage. Sur la poitrine et partout ailleurs.
Il a finit par enlever son T shirt d'un geste qui devait lui être connu et arrété son plaisant manège.

« J'ai quelque chose à te dire. »
« Moi aussi. »

C'était sortit tout seul. Comme si ma conscience m'avait obligé à dire ces mots. À dire la dure vérité. Celle qui fait mal.
Il m'a regardée en froncant le sourcil et a roulé à mes cotés.

« Je t'écoute. »
« Non. Tu commences. »
« D'accord. »

J'ai repoussé encore un peu. Encore un peu plus loin ce moment. Pour souffrir encore un peu plus fort après.

« Je voudrais te dire merci. »
Merci ? À moi ?
« Merci pour tout, Lol. »
J'ai rougi. Il me regardait dans les yeux. Ces yeux qui transpersent qui regardent à l'intérieur de moi.

« Pour être revenue, là, tu sais. Pour ne pas m'avoir rejeté. Pour m'avoir pardonné malgrès tout c'que j'ai pu faire... »

Bopom Bopom Bopom.
Plus un geste.
Figée. Immobile. Pierre.
J'ai même affaibli ma respiration pour ne pas couvrir ses si belles paroles.
Tais-toi, Coeur, Tais-toi.
Ne pas manquer une syllabe, une petite seconde de son timbre de voix. Une note. Une intonation.

« Merci d'être encore maintenant à coté d'moi, à m'regarder avec tes grands yeux. À m'écouter. »

Amour.
Quand tu nous tiens, ne nous lâche plus, s'il-te plaît.

« Euh... Lol. Merci d'm'aimer. »
Stop.
De l'aimer.
De l'aimer.

Oui, c'était des larmes invisibles qui roulaient doucement sur mes joues. Paillettes d'or qui coulaient. Joie ?
Me remercier pour ce sentiment d'amour eternel qui m'envelopait le coeur, dont je n'étais pas capable de me débarasser. Dont je ne ferais rien pour me débarasser.

« Tom... »
Et là, il m'a embrassée.
« Tom... Tu m'aimes ? »
« Non... Il faudrait inventer un autre mot. C'est bien plus que ca. »

*

Baisers sur le front. Sur la joue. Sur les lèvres.
Main dans mes cheveux. Main sur mon corps.
Regard sur mon être.
M'embrasser et m'embrasser.
M'aimer.
Ne jamais m'oublier.
J'ai fourré ma tête contre son torse.
On s'aimait, Tom et moi. On s'aime.
On s'aime à être ensemble.
On s'aime à se le dire.
On s'aime et on s'en remercie.
On s'aime et bientôt on m'arrache à lui.
On s'aime et c'est bientôt que se finit ma vie.

Injustice.
Lâche vie.

« Qu'est-ce que tu voulais m'dire ? »
Clair. Décisif.
Aucun retour en arrière possible.
Oui. Je me devais de lui dire.
Moment que je craignais. Que j'espérais pouvoir pousser le plus loin possible devant moi.
Ne jamais avoir à le dire.
Aucun retour en arrière.
Sueurs. Froides.

« Dis Tom Quoi qu'il arrive, tu m'oublieras pas, hein ? »
« Jamais. C'est impossible. »
« J'suis malade, Tom. »
Tom n'a pas voulu comprendre. La peur se lisait dans ces petits yeux.

« Tu Tu veux te reposer ? »
Rictus qui se lit sur mes lèvres.
Horreur. Horrible.
Arrache-moi le c½ur.

« J'vais mourir, Tom. »
Il n'a rien dit.
Je sais même pas s'il a compris.
Je sais juste qu'il a pleuré.

« Mais Non Putain On s'est dit qu'on s'abandonnerait pas... »
« J't'abandonnerais pas, mon ange. »
« C'est quoi ? »
« Leucémie. »
« Depuis quand ? »
« Une éternité. »

Je ne savais pas qu'on pouvait pleurer de cette façon. Tom hurlait en silence. Ses yeux lui démangeaient, ses lèvres se déchiraient et son c½ur se consumait sous mes yeux.
Crever en silence.
Je ne savais pas qu'une partie de nous pouvait nous lâcher comme son c½ur l'a fait pour lui. Comme il s'est doucement éparpiller en cendre. Mort de l'intérieur.

Je l'ai embrassé comme pour lui faire croire que oui, la vie était belle. Comme pour lui dire que tout allait bien se passer. Que nous serions toujours ensemble. Douce ironie.

Il a enlevé mes vêtements avant d'enlever les siens. Nous avons mélangé nos âmes. Nos corps. La chair n'existait plus. Juste deux esprits qui n'en formaient plus qu'un. J'ignorais qu'on pouvait faire l'amour de cette façon. Matérialiser le plus fort sentiment du monde d'une manière aussi belle. Terriblement belle.

Les larmes se multipliaient avec les baisers. Le désespoir avec les caresses. L'amour et la mort. En nous.
Nous ne formions plus qu'un.
Une unique âme
Qui perdrait bientôt sa moitié.

*

Là. Je me suis reveillée.
Boom. Boom. Boom. Boom.
Non...
T'es revenue ?
BoOom. BoOOM. BOom.
Tappe. Tappe. Tappe.
Qui est là ?
Là Là Là ?
Han Han Han
BooM. BOOm. BoOm.
HAHA et crève.
J'ai redressé ma tête et mes cheveux sont tombés.
J'ai posé ma main sur ma tête.
Douleurs. Douleurs.
Mes cheveux sont tombés.
BooOm bOom. BOOm.
J'ai roulé sur le coté.
Ma tête est tombée par terre.
Il faisait noir. Trop noir. Trop-
Douleur.
Han Han
HAHA et crève.
Qui es-tu ?
BOOM. BOOM. BOOM.
Sorts. Sorts Sorts Sorts
Sorts. HAHA.
Je me suis trainé jusqu'à la salle de bain.
Mes genoux erraflés.
Mes mains crevées.
Mes cheveux tombés.
Ma tête eclatée.
BOOM. BOOM. HAHA.
Qui es-tu ? Qui es-tu ?
Crève Crève Crève
Sorts.
Va t-en, va t-en.
MIGRE-HAINE MIGRE-HAIN-MIGRAINE
Ma tête...
Ma tête...
MA TÊTE...
Han HAn Han
HAHA.
TAPPE.TAPPE.TAPPE.
Ma tête contre la cuvette des toilette.
PAM. PAM. PAM.
PAM PAM YOU'RE DEAD.
CRÈVE CRÈVE HAH.
Qui es-tu ?
BOOM. BOOM. BOOM.
Du sang.
Du sang ?
Ma tête.
Bip Bip Bip
Han Han Han
Contre les toilettes.
Contre le sol.
Contre le carrelage.
Éclatée.
ÉCLATÉE.
Han Han Han
Du sang partout.
BOOM. BOOM. BOOM.
Inexistante.
CRÈVE CRÈVE.
VOMIS.
Han Han Han
Soupirs
Bip Bip Bip
Vomis ton âme.
Ta putain d'âme de morte.
Vomis vomis. Vomis.
HAHA CRÈVE.
BOOM BOOM BOOM.
HAHA CRÈVE
HAHA CRÈVE
HAHA CRÈVE.
Bip Bip Bip
Vomis Vomis
Par terre. Vomis ton sang.
Vomis ta chair de putain
Aller Vomis Vomis VOMIS.
BOOM. BOOM. BOOM.
Saigne. Vomis. Saigne.
Vomis.
TAP TAP TAP
QUI ES-LA ?
CRÊVE CRÊVE CRÊVE.
HAHA.
Bip Bip Bip
Biiiiiiiiiiiiip

Tom. Sauve-moi.

*

Silence.
Inspiration. Expiration.
Silence.
Inspiration. Expiration.

BipBipBip
Hum. Humpf.

« Putain, putain, putain Réveille-toi, j't'en supplie »

Inspiration. Expiration.
À quoi bon ?
BipBipBip

« Tu vas pas m'faire ca, hein ? Tout c'bordel c'était une blague, n'est-ce pas ? »

Pourquoi tu pleures ?
Silence.
Inspiration. Expiration.
BipBipBip

« Réveille-toi Lol »

J'ai la flemme
BipBipBip
Qui es-tu ?

« Tu vas voir Tout ira bien Tu vas t'réveiller, on va rentrer à l'hôtel et on ira dans la forêt, cette forêt que tu aimes tant Ca va être bien Aller Réveille-toi »

Inspiration. Expiration.
Pourquoi m'réveiller ?
Je pars, là. Tu vois, je pars.
Je m'efface.

« He, Lol Je t'aime Tu t'réveilles ? »

Silence.
BipBipBip
J'suis où là ?
C'est qui ?

« C'est moi, Lol. C'est moi, Tom. Ouvre les yeux »

Tom
Tom ?
Tom !
Inspiration.
Là, j'ai concentré tout le courage du monde, toute la volonté de l'univers, pour soulever ces deux paupières qui me cachaient la vue. Pour ouvrir une dernière fois mes yeux sur celui que j'aime.
Tom.

« Tom »
« Lol ! Putain, Lol »

J'ai sentis ses deux bras m'entourer avec force. Comme un baiser avant le dernier souffle.
À moi le monde, mon Tom.

« Tu Tu m'fais plus jamais ca, hein ! Putain, et dire que j'ai cru que »
« Tom »

Au fond de la salle, comme prévu, Georg, Gustav et Bill était là. Ils avaient la crainte dans les yeux. La peur dans l'regard. La peur de m'voir plus jamais sourire.
Mais comment aurais-je pu partir ?
Il me fallait alors, ce souvenir ineffaçable de ma mémoire. Le souvenir de leur visage, de leurs souvenirs.
Ancrés en moi.

« Tom C'est la fin, là. Tu comprends ? »
« Arrête, putain, arrête »


Il a posé sa tête sur le lit. Le visage dans les draps pour ne pas m'laisser voir ses larmes faire la course sur ses joues. Son frère s'est approché comme cet appuie persistant. La main sur l'épaule de mon amour. La fin. La fin. La fin. Ces mots qui résonnaient dans ma tête, comme un rythme inlassable, qui ne s'effaceraient jamais.

« J'pouvais pas partir, Tom Pas avant d'vous dire au revoir, tu vois »
« Pars pas, j't'en supplie, pars pas »

J'ai pris sa main dans la mienne.
J'ai senti sa peau chaude et si douce dans ma main sèche.

« J't'abandonne pas, tu sais. Jamais. »
« Jamais ? »
« Jamais »

J'ai voulu sourire. Pour que cette dernière image qu'ils aient de moi ne soit pas celle d'une jeune fille pâle et mourante. Je voulais être encrée en eux. Ne pas disparaître. Être en leur mémoire comme être dans la mémoire du monde.
À jamais, mon amour.

*

J'l'ai serrée fort, cette main. Très fort.

« Je t'aime, Tom. »
« Je sais Je t'aime, mon ange. »

Il a posé sa tête au creux de mon cou, tout en laissant nos deux mains s'entrelacer. Ne plus jamais se quitter. Ma respiration s'est faite plus lente et j'ai sentis mon c½ur s'emballer. Le « bip bip » qui se faisait entendre n'était plus régulier. La fin. La fin. La fin. Ouais, la Fin.

« Merci. Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi. » Ai-je dit, en les regardant, chacun leur tour.Eux.

Gustav.
Comme un appuie, une sortir de secours. Un frère que je n'avais pas eu, et que j'aurais pourtant du avoir. Cette épaule que tout être a besoin d'avoir, c'est Gustav qui me l'a apportée.

Georg.
Comme un sourire. Comme une note douce parmi les rudes. Comme une aigüe parmi les graves. Comme un rire entre les pleurs. Comme une note d'espoir dans ma vie.

Bill.
Comme un ange gardien que l'on n'aperçoit pas forcément. Une bonne étoile. Un meilleur ami ? Plus que ca. Bill, inhumain. Ce rêve qui devient réalité. Bill.

Et tous aussi uniques soient-ils, ces notes de musique ayant bercés ma petite existence. Inutile d'avoir cette scène d'adieu pour savoir que leurs images seraient encrées à tout jamais dans mon être Dans mon âme
Et puis Les vrais adieux n'existent pas.

« À quelques part. À quelque temps, mes anges Et merci. »
« Lol J'te J't'oublierai pas, d'accord ? Jamais »

J'ai senti leurs larmes dans leurs voix, se poser doucement sur moi. Leur souffrance. Leur douleur Pour moi. Mais tout est éphémère, non ? Et un jour, ouais, un beau jour, nous nous reverrons. Je les ai sentis plus présents en moi que jamais Pendant que ma vision se brouillait peu à peu
Je partais.


« Hey, Tom J'vais y aller, hein ? »

Et les images devenant de plus en plus clair. Les couleurs se mélangeant, formant ce blanc pur. J'ai posé ma main sur ce que je percevais encore de sa joue. La fit glissé sur ses lêvres, et sur ses yeux. Sur ses larmes.
Au revoir, mes anges. À bientôt, mon amour.

« Envole-toi, mon ange. Envole-toi »

Et une toute dernière fois, j'ai vu son regard. Ou peut-être que je l'ai imaginé, je ne sais pas. Mais je n'ai pas imaginé cette bouche se poser sur mes lèvres comme un ultime baiser avant le dernier souffle. Et les sons se sont doucement évaporés. Les images, envolées. Les cinq sens, disparus Mais leurs âmes cependant si présentes encore. Mélangés à c'qui en restait d'la mienne. Bill, Gustav, Georg, Tom en moi.
Pour toujours.

Et pourtant, j'ai alors bien vu, ce papillon aux ailes roses. Ce papillon aux ailes sucrées qui volaient en signal de vie.Ce n'était pas la Fin, pas l'Ultime Fin, pas encore.
Juste la fin d'une chose, mais néanmoins le début d'une autre




FIN.
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# Posté le samedi 07 juin 2008 20:10